Vedute

Mehdi Zannad

Exposition du 10 mai au 13 juillet 2019

Vernissage le vendredi 10 mai de 14h à 22h

Mehdi Zannad est un artiste discret et même modeste, chanteur, compositeur, dessinateur et architecte de formation. S’il admet que l’on puisse s’arrêter à la virtuosité plastique de ses oeuvres, une investigation plus poussée en montre vite la finesse intellectuelle et l’exigence conceptuelle. Derrière la nostalgie d’une époque ou d’une pratique, on goûte alors cet arrière-goût acidulé qui sonne comme une critique aux formes lisses des espaces urbains et des images qu’ils génèrent.
 

Paradoxalement, sa pratique à contrepied du mainstream lui offre une agilité sociale et plastique. Ses oeuvres qui portent l’empreinte du réel et du vécu, portent en elles cette générosité.
 

Depuis cinq générations, l’entreprise Milhe & Avons développe une gamme de sacs et emballages personnalisés qu’elle conçoit et fabrique dans son usine. Ainsi, sur plus de 10 000 m2 à Marseille, se transforment papier et polyéthylène, dans le respect de la loi de transition énergétique. Par impression, en flexographie notamment, sacs papiers et sacs plastiques réutilisables se personnalisent. A côté de la production automatique et massive de sacs, l’atelier luxe pratique la dorure à chaud, quand plus loin se paraffinent les papiers alimentaires imprimés sur place.
 

Empilement de bobines de papier volumineuses, alimentation saccadée des machines d’impression, alignement de racks, cuves de matières premières, scansion des machines, et envol de rognures dessinent un paysage en recomposition et mouvement permanents.
 

La résidence est la rencontre d’une entreprise qui amplifie le pouvoir communiquant de ses produits, avec un artiste qui s’emploie à abstraire tout signe publicitaire et signalétique dans ses dessins. Le détournement des outils d’impression sera un terrain de recherche pour privilégier le geste dans une dimension jusqu’au-boutiste, là où le numérique est devenu un raccourci dans la chaîne de production et de reproduction.

Bénédicte Chevallier

Marseille, diaporama, 2018

GRAVURES
 

Il s’agit ici de confronter la pérennité d’une technique ancienne à la modernité du modèle architectural et à son inscription dans la contemporanéité urbaine.
La gravure est produite par le dessin (la pointe sèche traçant des motifs que viendra mordre l’acide) puis par des masques successifs de vernis, appliqués par le pinceau sur la résine fondue (l’aquatinte). La plaque attaquée jusqu’au noir profond est alors enduite d’encre, essuyée et imprimée par le passage sous presse. Le résultat mêle la minutie et le hasard, la précision et l’accident : après trois jours de travail l’intention initiale tend à se perdre, et c’est le tirage qui fait tout ressurgir brutalement. Une fois le travail achevé, le grain peut être agrandi, l’image retouchée, fractionnée, laissant apparaître des motifs inattendus, les gris des aplats de résine révélant comme l’inconscient d’un espace devenu à la fois mental et concret.

 

S’il fallait rapprocher la gravure d’une autre technique artistique, je songerais volontiers au daguerréotype et à son temps de pose étiré : la faible sensibilité des plaques exigeait en effet une longue exposition en extérieur, excluant par principe les modèles en mouvement.
Lignes et contours du sujet s’inscrivaient « en profondeur » sur le support, imprimant plis des vêtements et de la peau avec une netteté troublante.
Cette acuité des traits a disparu des clichés instantanés, mis au service de la fugacité. Ma volonté serait de retrouver cette empreinte durable dans la représentation du bâti et du paysage.

 

CARNETS IN SITU
 

La règle : remplir les 40 doubles pages du carnet sans « repentirs ». Produire un flux régulier d’images (de « visions ») tel le continuum de mots tracés sur le rouleau-parchemin de « Sur la Route ». Puis laisser les dessins surgir des pages ouvertes, les regarder défiler comme une série d’instantanés de la ville. Une empreinte urbaine tatouée sur le papier, fruit d’un «street art» contemplatif et solitaire.
 

Carnet ouvert tenu à la verticale, un œil fermé de temps en temps pour vérifier les parallélismes. Aucun dessin préparatoire, la composition s’impose d’elle-même, se dégage progressivement des lignes qui s’entrecroisent sur le papier. Faire coïncider deux structures : celle du dehors et celle confinée sur le papier.
 

Mes poses sont de plus en plus longues (1 heure, 2 heures, 3 heures), en station debout.
Le corps devient présence, s’enracine, relie le spectacle de la rue à sa projection sur la feuille. Le trait est nu. Les passants me contournent, jettent parfois un regard sur le modèle ou le dessin. Je réponds à leurs commentaires de bon gré, toujours avec l’appréhension du «raté» qui serait sanctionné par une remarque.
Ainsi, dans la durée, la vérité du lieu apparaît plus intensément qu’avec l’enregistrement photographique – qui ne fixe qu’un instant fugitif. Je ne saisis rien à la dérobée, j’ai la légitimité que me confère ma présence insistante – je le constate aux réactions presque toujours amicales des curieux.

Sur le papier, les traits s’animent étrangement. L’image figée devient image-mouvement. L’œil, scrutateur, se change en lentille de la Camera Obscura : il convertit les informations qui frappent la rétine en tracés noirs sur la page, résultats de déductions géométriques. La feuille blanche en guise de plaque sensible ; l’enchevêtrement des lignes sombres tel une «peinture de lumière» en négatif ; l’observation patiente comme substitut du bain révélateur.
 

Pour trouver le bon endroit, je marche au hasard et je peux enchaîner plusieurs dessins à la suite en pivotant simplement de quelques degrés. Devenu simple élément du paysage, je capte les conversations autour de moi. Le dessin prend forme.
Lorsque les gens s’arrêtent pour me parler, le bénéfice est immédiat : l’esprit, tiré de son assoupissement, se régénère et retrouve son acuité.
L’éblouissement est toujours à portée du regard – surtout quand l’environnement est neuf, comme ici à Montreuil, où je viens de m’installer.


Je rentre avec ma «prise», comme d’une pêche miraculeuse, et je la compare aux butins précédents. Alors, me reviennent les souvenirs persistants des conversations, des menus détails du paysage : échelles de secours, poteaux, enseignes.
 

Mehdi Zannad

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