L'horizon des particules

Pierre Malphettes

Exposition du 17 mai au 7 septembre 2019

Vernissage le vendredi 17 mai de 16h à 20h30

PETITE VISITE SUBJECTIVE D'UNE EXPOSITION DE PIERRE MALPHETTES

Bien sûr, Pierre Malphettes s’intéresse au monde, à la  marche  du  monde,  à  l’état  de  la  planète,  de  son pays, de sa ville, de son quartier. Bien sûr nous nous intéressons  tous  aux  gens,  aux  siens,  à  soi,  voire parfois  à  l’entre-soi.  On  sait  qu’on  fait  l’histoire,  au jour le jour, la petite et la grande. Les scientifiques font l’histoire  des  sciences,  les  sportifs  celle  des  sports, les  artistes  l’histoire  de  l’art,  mais  ces  histoires  se mélangent  entre  elles,  heureusement.  Et  il  est  bien normal que l’histoire de l’art veuille jouer son rôle dans l’actualité,  dans  la  société,  les  comportements  des individus, des groupes et des politiques… Beaucoup d’artistes (et de “curators”) s’y emploient aujourd’hui de   façon   directe.   Mais   d’autres   approches   sont possibles.   Malevitch   et   les   suprématistes,   n’ont- ils  pas  accompagné  la  révolution  d’Octobre  plus pertinemment  que  le  réalisme  socialiste  ?…  Et  l’Op Art  (dont  Pierre  Malphettes  aujourd’hui  s’approprie et perturbe parfois les codes) n’accompagnait-il pas aussi,  avec  le  situationnisme  ou  le  lettrisme,  les mouvements sociétaux des années 1960 ?


Bien   sûr,   Pierre   Malphettes   s’intéresse   à   l’art d’aujourd’hui, d’hier, de demain, cette grande histoire des  arts,  trop  peu  enseignée,  trop  peu  connue,  et qui aide pourtant à comprendre l’essentiel de l’esprit humain.  À  l’échelle  de  la  mémoire  de  l’humanité, l’œuvre  d’art  est  la  dernière  trace  à  s’effacer  :  que saurait-on de l’âge des cavernes, de l’Égypte ou de la Grèce antiques voire du Moyen Âge sans le geste des  artistes  ?  Qui  connaitrait  Cro-Magnon   sans l’empreinte  de  sa  main,  ou  les  politiciens  antiques si  Phidias  ou  Praxitèle  n’en  avaient  pas  “tiré”  le portrait  en  marbre  ?  Et  le  monde  avait  bien  oublié ce  petit  Toutankamon  de  Pharaon  avant  qu’Howard Carter n’en exhume du sable le somptueux tombeau d’art et d’or… Extrait du sable. De la poussière. De la  poussière  du  désert  que  surplombe  la  poussière d’étoiles,  les  météores,  les  météorites,  les  galaxies, les trous noirs. Cette dimension-là se retrouve dans l’exposition de Pierre Malphettes à Vidéochroniques. L’infiniment  petit,  l’infiniment  grand,  cette  échelle-là
est celle de son travail actuel, si l’on sait y voir.


Pour  donner  à  voir,  Pierre  Malphettes  se  livre  ici  à des  expérimentations,  dans  la  galerie  même,  met au point des process venus d’intuitions pas toujours évidentes  :  qui  aurait  cru  qu’un  sac  de  sable  percé d’un  trou  et  lancé  à  telle  vitesse  dessinerait  au  sol une galaxie spiralée ? Changez le diamètre du trou et la vitesse du lancer et vous récoltez plutôt le chaos. Cette pièce immobile exprime pourtant le mouvement qui  l’a  créée,  que  l’esprit  reconstitue  et  comprend. Un   expérimentateur   scientifique   aurait-il   procédé autrement ?

L'horizon des particules, installation en cours, 6 et 7 mai 2019

Dans Volcans, fleuves et deltas différentes poussières de  marbre,  matériau  ô  combien  lié  à  l’histoire  de l’art, reforment quand elles s’écoulent, mêlées d’eau, des  reliefs  colorés  évoquant  les  cratères  dont  elles sont issues (soulèvement de la chaîne hercynienne, dépôts  calcaires  privés  de  l’eau  des  profondeurs), des   ruisseaux   et   des   sources,   des   érosions   et des  concrétions  comme  des  paysages  miniatures animés… Est-ce une expérimentation géologique ?


Ailleurs,  des  percements  effectués  dans  le  verre retenant des stratifications de sables colorés où Pierre Malphettes  avait  réussi  à  faire  cohabiter  matière naturelle granuleuse et patterns “hard edge” créent des effondrements souterrains, des cônes d’éboulements, la  skyline  d’une  chaîne  de  montagne  lambda  dont apparaissent les dessous en couches alternées. Une coupe dans la matière qui rappelle, certes, dans son principe,  les  artefacts  en  bouteille  des  artisanats, mais  évoque  surtout  les  coupes  géographiques  et géologiques de la terre, illustrant ce que l’on sait du monde en train de se faire, quand les carrotages du sous-sol  nous  en  révèlent  la  matérialité,  mais  aussi l’histoire dans les matières qu’ils remontent, venues du fond des temps et encore parfois porteuses de vie.

L'horizon des particules, installation en cours, 16 mai 2019

RESSOURCES

Revue de presse

MANIFESTATIONS ASSOCIÉES

PROGRAMMATION LIÉE

Machination
Exposition collective

INFOS COMPLÉMENTAIRES

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REMERCIEMENTS

Élodie Broilliard

Eddy Godeberge

Lina Jabbour

Les mécanos du cœur

Patrick Raynaud

ÉQUIPE

Édouard Monnet

Commisariat

Lucie Tournayre

Communication, médiation, administration

Virginie Hervieu-Monnet

Régie, logistique, administration

Timothée Monier

Stagiaire, régie

Surya Michel

Stagiaire, médiation, communication

Norman Nedellec

Assistant de l'artiste

Paréidolie - salon international du dessin contemporain

Profondeurs et sommets, failles qui les relient et les séparent, tectonique, la silhouette de ces montagnes évoque celle qu’une pièce de Pierre Malphettes avait déjà produite il y a quelques années : un néon blanc au trait anguleux, indécis mais précis, sur des portants métalliques et dans un désordre des fils électriques, intitulé La ligne de crête… Cette dernière surplombe et illumine la belle salle grise et semi-enterrée du lieu d’exposition, où l’on croit respirer, paradoxalement, le parfum de la terre profonde.


Tandis que plus loin un faisceau de tubes au néon élève  du  sol  vers  le  ciel  un  panache  de  fumées blanches.  Toujours  cet  aller  et  retour  entre  ce  qui échappe  à  la  pesanteur  et  ce  qui  s’y  abîme,  ce  qui s’élève  et  ce  qui  tombe,  selon  les  périodes  et  les humeurs  :  d’aucuns  pourraient  y  trouver  les  indices d’un questionnement mystique. Mais le regard premier de  l’homme  sur  le  ciel,  de  l’enfant  sur  les  étoiles filantes suffisent à justifier ces évocations du monde.


Car   juste   à   côté   c’est   une   “étoile   filante”,   une météorite  de  fonte  massive,  venue  évidemment  du fin  fond  de  l’univers  qui  atterrit  dans  la  galerie.  Des sangles solidement accrochées ont réussi à stopper sa  chute,  qui  aurait  immanquablement  creusé  sous nos   pieds   un   cratère   immense,   transformant   le Panier en trou béant … La plus grande météorite du monde, à Hoba, est aussi le plus gros morceau de fer existant  :  60  tonnes,  record  Guiness  tombé  du  ciel, celle de Cape York que l’on peut toucher au Musée d’Histoire  Naturelle  de  New  York,  n’en  pèse  que  la moitié, mais quelle émotion sous la main que de tâter la fraîcheur imaginaire de l’espace intersidéral… Celle de  l’exposition  est  en  fonte  d’aluminium,  plus  petite et  moins  lourde  mais  suffisamment  pour  exiger  de la  galerie  qui  l’expose  une  carrure  particulière,  une résistance que l’on perçoit dans la tension maximum des  sangles  qui  la  soutiennent,  d’une  immobilité absolue  et  le  cerveau  perçoit  “en  creux”,  pour  ainsi dire,  l’énorme  force  de  la  gravité  contrariée.  Car  on se trouve là, dans cet entre-deux, dans cet équilibre instable, celui qui est sensé ne durer qu’une fraction de  seconde  et  qui  ici  s’éternise.  La  mouvance  de l’univers se trouve là, entre ces murs, arrêtée dans sa course, suspendue dans le temps.

L'horizon des particules, installation en cours, 29 avril 2019

Pierre  Malphettes  arrête  au  bouchon  le  sable  qui s’écoulait  de  sa  pièce.  On  pense  au  sabliers  peints près des crânes humains dans les multiples tableaux de vanités. Comme il fige sur papier le battement des vagues,  stoppées  net  dans  leur  entêtement  par  le dessin minutieux où le temps de l’homme le dispute à celui des éléments et le vainc un instant.

Ailleurs,     dans     d’autres     dessins     et     d’autres arrangements  avec  les  matériaux  et  les  fluides,  le papier buvard absorbe toute l’encre qu’il trouve dans le marqueur et produit une tache profonde, ourlée de clair,  ressemblant  à  celle  du  trou  noir  apparu  après combien de millions d’années-lumière sur les écrans des  astrophysiciens.  Taches  noires  qui  s’organisent dans l’espace de la feuille comme des objets spatiaux, parfois pris de tentations géométriques et que chacun décrypte à l’aide de son propre imaginaire.

L'horizon des particules, installation en cours, 30 avril 2019

Amas d’étoiles ou de galaxies. Arrêts sur image d’un univers  en  perpétuel  mouvement.  Objets  fractals, reproductions  des  mêmes  effets  à  des  milliards  de kilomètres, d’années, d’années-lumière, du buvard au trou noir, du sable à la voie lactée, de la poussière à la montagne, des ions de l’eau à ceux du néon lumineux ou de la couche glacée de la crête de la montagne… Certes,  comme  disait  l’humoriste,  tout  est  dans  tout et  inversement.  Et  nous  sommes  là,  quelque  part, poussière  de  poussière,  poussière  d’étoile,  vérifiant que  notre  trace,  à  l’échelle  de  l’histoire  du  monde restera infinitésimale, et à l’échelle de l’univers, bien entendu, négligeable, mais néanmoins réelle, comme des  atomes  du  pudding  de  Noël  de  la  Reine  Mary se  retrouvent  par  addition  et  mélanges  successifs, chaque  année,  dans  celui  de  la  reine  d’Angleterre, près de 10 siècles plus tard…


Car  c’est  avec  cette  même  simplicité,  cette  même économie   de   moyens   remarquable   que   Pierre Malphettes  nous  fait  toucher  du  doigt  la  grande histoire du monde, pourvu que l’on veuille bien faire l’effort d’y consentir, pourvu que notre esprit prenne sa part d’imaginaire et de fiction dans ces paysages recréés   et   dans   ces   histoires   naturelles   qui   se déroulent, en temps réel, sous et devant nos yeux de promeneurs.
 


Patrick Raynaud, 9 mai 2019

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