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Frédéric Vaësen

Frédéric Vaësen,
"NMH. Nouvelle Machine habitable", 2001
Caravane et Porsche 944

Né en 1966 à Harnes (Pas-de-Calais)
Il vit et travaille à Paris

Diplômé de l’École supérieure d’art de Dunkerque (1991), il enseigne à l’École Supérieure d’Art de Cambrai.

Empruntée à l’univers de la route que l’artiste a fréquenté pendant de nombreuses années, l’œuvre de Frédéric Vaësen se déploie, depuis le milieu des années 1990, sous de multiples formes, de la vidéo à la photographie, de la peinture à l’installation sans oublier une dimension performative. Centré autour des questions de l’intimité, des marginalités urbaines et identitaires, cet activisme du vagabondage, mené d’abord avec différents convois (roulotte, caravane), en dialogue avec le mode de vie alternatif du cirque, se réactive aujourd’hui dans différents usages du détournement de documents, d’objets et d’archives, croisant références artistiques et imaginaires populaires, détails abstraits et langage commun, images subliminale et libido affichée, avec une apparente légèreté citationnelle et grande économie de moyens.

Il a notamment exposé au Centre Pompidou-Metz, au Mac-Val à Vitry-sur-Seine, au Centre Pompidou-Paris, à la Galerie La Rosa Del Vietnam à Barcelone, la Galerie Mars à Berlin, au Musée Cantonal de Lausanne, à Vidéochroniques à Marseille ou encore au CAC Brétigny.

Il collabore et intervient régulièrement dans l’univers du cirque, notamment avec Le Cirque Electrique à Paris. Ces œuvres ont été acquises par le Fonds national d’art contemporain, le Frac Normandie Rouen, le Fonds municipal d’art contemporain de la Ville de Paris, ainsi que des Musées des Beaux Arts et des collections privées.

"Depuis 1996, l’artiste Frédéric Vaësen (1966) adopte la condition séculaire des «gens du voyage». Il vit et travaille dans une roulotte des années trente, achetée à un forain puis réaménagée en espace de vie, de rencontre et de création. Entre la maison roulante de Raymond Roussel et l’atelier mobile de Robert Filliou, la roulotte de Frédéric Vaesen est une réponse pragmatique à l’exigence de mobilité conceptuelle du créateur. Elle est un outil d’adaptation à la condition nomade exigée par des pratiques artistiques cherchant de plus en plus à ouvrir des espaces de rencontre non formatés avec le public. Elle est aussi un mode de résistance aux normes cadastrales, au confort domestique habituel, une mise en demeure des réflexes de préservation.

Dans un premier temps, alors qu’il sort de l’École des Beaux-Arts de Dunkerque, Vaësen confectionne un lit-cabane ambulant (Lit-cabane, 1990-99, Collection du Musée des Beaux-Arts de Tourcoing). Il s’agit d’un ancien abri de jardin monté sur un châssis mobile et installé pendant plusieurs années au centre de son studio. Cette cellule centrale qui fait fonction de chambre, distribue en périphérie les parties fonctionnelles de l’atelier : le lit, refuge mental et intimiste où se côtoient énergie et repos, est le cœur d’un espace de travail conditionné par une certaine économie domestique du corps. Le déplacement restait encore métaphorique, dans l’esprit du voyage immobile. À partir de 1994, l’artiste envisage l’abandon plus radical de toute forme de sédentarité. Cette réflexion aboutit à l’acquisition d’une roulotte qui lui permet d’inscrire le principe du déplacement dans une dimension beaucoup plus concrète, comme mode de vie et principe de travail. L’engin n’est pas neutre. Il s’agit d’une roulotte foraine ancienne qui transporte avec elle tout l’imaginaire festif du cirque et des manèges. La roulotte est en soi un spectacle; elle agit d’emblée comme un décor - principe entretenu lors des installations en ville où cette remorque rouge, jaune et verte, se démarque de son environnement comme un objet singulier.

À la fois cabinet de curiosité, caravane de foire, atelier, chambre noire et salle de spectacle ou de réunion, cette roulotte transporte l’artiste et son matériel, à la recherche de lieux, de situations ou d’individus propices à la production et au débat. Sur la paroi extérieure de la roulotte sont aménagées, en niches, des "vitrines" pouvant accueillir des photographies, des œuvres ou des bulletins de liaison avec un public de rencontre. L’artiste se ressource dans une transhumance qu’il comprend dans son sens le plus littéral : un nomadisme à la recherche de lieux de fertilité. Le voyage devient transfert de savoirs et d’images. L’artiste motive son parcours migratoire par la quête de nouveaux territoires. Le nomadisme de Frédéric Vaësen, en lien avec une certaine esthétique relationnelle privilégiant les formes de convivialité de l’œuvre, est partagé entre la nostalgie exploratoire d’un Valéry et l’urgence moins bucolique des conditions précaires de l’habitat mobile. Le mobil-home est aussi pour lui un lieu de travail éprouvé au cœur de l’intimité la plus quotidienne, en prise directe avec la vie et non pas déterminé par l’idée d’une performance publique - fut-elle liée à la question d’un comportement ordinaire. L’origine de l’œuvre - son humus - n’appelle pas son enracinement mais sa circulation dans une même résistance à ce qui statufie.

Frédéric Vaësen poursuit cette quête d’une œuvre engageant pleinement une expérience de vie. Avec N.M.H., "nouvelle machine habitable", il pousse la logique de dénuement associée au nomadisme : "Peut-on vivre de rien, ou presque ?". Concrètement, N.M.H. est une petite caravane ovée des années 70, vidée de son mobilier domestique, réaménagée en cellule sensorielle. Les parois intérieures sont recouvertes de feutre blanc. La lumière zénithale diffuse une ambiance molletonnée dans cet habitacle ovoïde qui peut rappeler l’antre prénatal, le confort végétatif de la vie utérine. L’extérieur est l’objet d’une nouvelle intervention plastique. La partie inférieure est recouverte d’un tôlage de cuivre, le sommet, d’une toiture dorée à la feuille. L’ensemble produire une surface éblouissante qui élimine la compacité opaque de l’engin pour lui donner une forme plus immatérielle et fluide, évanescente au regard. Dans sa deuxième version, la voiture qui tracte la caravane - un modèle 944 de Porsche - est elle aussi l’objet d’un traitement particulier. Elle est peinte des couleurs du spectre, distribuées en cercle chromatique, de telle manière, qu’à une certaine vitesse, l’œil ne distingue plus que la lumière blanche, synthèse optique des 72 couleurs du prisme. À l’arrêt, la surface bigarrée de la voiture est très chargée visuellement. En mouvement, elle se libère de cette densité optique par la neutralisation du blanc, forme subtile d’effacement. L’ensemble de ce travail est porté par cette vitesse singulière qui libère de la gravité, ce que Frédéric Vaësen formule, avec poésie : "N.M.H. désemcombre".

Son cheminement l’amène aujourd’hui à ré envisager cette expérience d’un point de vue plus sédentaire. Engagé dans la réalisation d’unités mobiles fonctionnelles, habitables mais non plus habitées (du moins par lui-même !), il développe aujourd’hui l’étude d’un hammam mobile ainsi que le projet KLANG. Ce que pourrait être une flânerie contemporaine, sensible, sous la forme fluide de diaporamas, d’environnements lumineux, de projections vidéos. Ces formes complètent, en atelier, un ensemble de dessins, collages, photographies et de peintures, explorant une grammaire de base constituée par l’habitat primitif, l’imaginaire érotique et la technologie du déplacement."

Propos tirés du site Klang
http://www.klang.fr/frederic-vaesen-work/

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