Draeger_Christoph-Jigsaw Puzzles-Ground

Christoph Draeger

Christoph Draeger, Jigsaw Puzzles-Ground Zero (New York, Sept 16 2001), 2005

jet d'acrylique sur puzzle jigsaw (8000 pcs), 136 x 192 cm

© Viviane Moos SIPA PRESS

collection privée, New York

Né en 1965 À Zurich

Vit et travaille à New-York

"Selon Christoph Draeger : "l’humanité est divisée en deux genres, les victimes et ceux qui les regardent". Cette phrase pourrait sembler cynique pour quiconque n’a pas pris la mesure de l’effet des médias sur nos penchants les plus grégaires. Avec une ambivalence affirmée, l’artiste avoue être fasciné parce qu’il définit comme une esthétique de la catastrophe, tout en développant une approche critique du système médiatique qui exploite ces images sous les formes les plus "théâtralisées ".


TWA 800, III réalisé en 2000, est un puzzle sur lequel est représenté l’image fascinante des morceaux de carlingue du Boeing 747 reconstitué sur un châssis après qu’il se soit mystérieusement crashé sur les côtes du New Jersey le 17 juillet 1996. Ce puzzle fait partie d’une série d’œuvres de même grands formats intitulées : The most beautiful disasters in the world, sur les quelles seront imprimés au jet d’encre différentes catastrophes ferroviaires, tornades, ouragans et autres tremblements de terre. Qu’il s’agisse de la série des puzzles ou de ses installations, Christoph Draëger s’engage dans une stratégie de manipulation du régime d’existence des images.


Dans un premier temps on peut remarquer que la forme du puzzle fait référence aux traits sinueux et accidentés que peut former une vitre brisée. La dynamique de l’impact se fige dans la matière comme témoignage de ce moment où tout bascule, ce moment où d’une situation normale survient l’accident, le moment ou une forme stable s’ébranle pour devenir une image à jamais irréversible. Malgré tout les efforts de reconstitution, il restera toujours les traces de l’accident. Par ailleurs, cette particularité formelle vient aussi désigner le pouvoir qu’on les médias de fabriquer des images à la fois multiples et identiques.


Dans la profusion du flot médiatique chaque image, chaque mise en scène de catastrophe, ressemble à s’y méprendre à n’importe quelle autre, particulièrement lorsqu’elle est mise en scène dans un dispositif médiatique formellement identique (présentateur, même ton, charte graphique formatée, jingle…). Dans un système métonymique, chaque image n’est qu’un fragment qui ressemble au tout. Cet effet de multiplication des images n’en fait donc plus qu’une compacte, toujours opérante, boursouflée, empathique et addictive. Tout se passe comme ci la multiplication des fragments ne faisait que diminuer sa valeur signifiante. Dans cette économie de la relation fétichiste à l’image catastrophique, aucune pièce du puzzle ne doit manquer sinon l’ensemble est défaillant. L’œuvre aurait donc profondément à voir avec le
versant morbide de la fétichisation."

 


Sébastien Pluot, extrait de la notice du catalogue Prêts à prêter, acquisitions et rapport d’activités 2000-2004, coédition Isthme éditions, Paris / FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, 2005

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