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Katia Kameli, Concret, 2012 (à gauche)

Tirage lambda contrecollé sur aluminium avec châssis, 90 x 66 cm

Katia Kameli, The Growing block, 2012 (à droite)

Tirage lambda contrecollé sur aluminium avec châssis, 90 x 66 cm

Duty free

Katia Kameli

Exposition du 15 mars au 28 avril 2012

Commissariat : Bérénice Saliou

Duty free

Comment créer quand ce que l’on doit faire menace de prendre le pas sur ce que l’on peut faire? Si l’artiste incarne l’audace de la critique et de l’indiscipline, il est en réalité soumis à un ensemble de règles, de codes et de contraintes que lui impose son milieu et qui valident ou non la pertinence de son oeuvre. Ainsi la mobilité par exemple, serait devenue l’une des qualités essentielles de l’artiste contemporain dit "émergent". Résidences, vernissages, conférences, biennales et expositions collectives le poussent à renoncer à un cadre de vie stable et établi. Fuyant la campagne engourdie afin de se noyer dans l’activité survoltée des capitales et mégapoles internationales, l’artiste accompagné de sa fidèle valise aux dimensions cabine et de son "laptop", doit être partout. Il lui faut se montrer et se faire connaître.

Être avec les "bonnes" personnes au moment adéquat tout en affichant un certain détachement lui permettant de se prémunir d’une assimilation à un opportunisme de mauvais aloi. Afin d’exposer, il conviendrait d’abord de s’exposer.

Cependant, tout travail plastique doit faire preuve d’épaisseur. Il s’agit de répondre à une nécessité, voire à une urgence sans lesquelles l’oeuvre tombe instantanément dans le domaine de l’anecdotique et de l’oubli. Le monde de l’art est exigeant. Il ne tolère ni le banal, ni le déjà-vu. Doté d’une polyvalence sans faille, l’artiste se doit d’être en état de constante ouverture intellectuelle, simultanément capable de recevoir, d’assimiler, de produire, et de (se) représenter.

L’exposition "Duty Free" de Katia Kameli interroge en filigrane ce paradoxe constitutif de la figure de l’artiste contemporain hyper-mobile et connecté, radicant selon Bourriaud. Si les médiums utilisés, les sujets abordés et les processus de création mis en jeu dans les oeuvres présentées relèvent de nécessités tant intérieures qu’extérieures (par leurs qualités iconiques, leur portabilité, leur immédiateté et leur malléabilité, la vidéo et la photographie sont les paradigmes de l’époque contemporaine), le déplacement géographique s’entend dans le travail de Katia Kameli en tant que processus de remise en question culturelle et référentielle. En effet, les lieux que nous présente l’artiste sont difficilement identifiables et si des indices nous laissent deviner un pays du Maghreb, ou tout au moins, du Sud, les spécificités se brouillent rapidement et se confondent en un espace intermédiaire et indéfini (re)composé de fragments géographiques. L’artiste nous donne de ses multiples voyages et de sa double appartenance culturelle une vision unifiée, "passée au shaker".

Ce principe de déplacement est également développé avec l’installation multicanal 7 Acts of Love in 7 Days of Boredom qui incite le spectateur à naviguer entre les écrans, afin de composer sa propre partition. Katia Kameli a développé cette oeuvre d’art protéiforme, située à la croisée du texte, de l’image et du son lors d’une résidence à Location One à New York en 2008. L’installation est basée sur un panel d’écrits commissionnés puis réinterprétés en images selon un principe de mise en abîme faisant se confronter un ensemble de perspectives personnelles. Pedro Barateiro, Pauline Bourgogne, Guillaume Darrase-Jeze, Isabel Sobral, Elisa Tan, Catherine Texier et Shanxing Wang, individus vivant à New York mais venant de l’étranger, témoignent de la relation qu’ils entretiennent avec leur ville d’accueil.

De nature autobiographique, ces écrits font allusion à la façon dont les individualités s’inscrivent au sein de l’environnement urbain contemporain. En entrelaçant librement sa propre subjectivité à celle des auteurs tout en se laissant surprendre par les lieux traversés et les personnes rencontrées, Katia Kameli a créé six vidéos. Elle a par ailleurs confié le texte d’Elisa Tan à la compositrice Noriko Tujiko qui l’a transposé en pièce sonore. Cette libre interprétation accueillant le hasard comme principe productif relève à la fois de la dérive et de l’intropathie, concepts auxquels Baudelaire fait allusion dans son poème en prose Les foules : "Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu’il peut à sa guise être lui-même et autrui. Comme ces âmes errantes qui cherchent un corps, il entre, quand il veut, dans le personnage de chacun".¹

Dans ses photos comme dans nombre de ses vidéos, Katia Kameli choisit de se concentrer sur ce qui est communément considéré comme appartenant au domaine du trivial ou de l’ennui. En montrant un trajet en métro, un sans-abris s’endormant sur son journal, un paysage portuaire, du linge séchant au vent ou l’environnement personnel d’une femme travaillant en silence à son ordinateur, l’artiste souligne "ce qui se passe lorsque rien ne se passe" ou plutôt, ce qui se passe lors de ces laps de temps intermédiaires considérés comme des parenthèses entre les situations qui comptent. Cette mise en exergue de pratiques microscopiques et imperceptibles et de situations dites banales vient contrebalancer le gigantisme et l’anonymat de l’environnement urbain en constante expansion.

En entremêlant ainsi le global au local et la notion d’auteur à l’anonymat sur la toile mobile et changeante du quotidien, la pratique de l’artiste reflète la condition du sujet urbain contemporain dont l’identité est, plus que jamais, constituée d’un mélange complexe et glissant de références et d’emprunts. À l’aune de ces considérations, les titres d’oeuvres comme Dissolution, Dislocation ou Untitled sont particulièrement signifiants. Réalisée à Alger pendant les premiers soulèvements du Printemps Arabe en 2011, le caractère "mis en scène"

de Untitled marque un tournant dans la pratique de Katia Kameli. Si celle-ci avait en effet l’habitude de mettre en lumière les fruits du hasard et des rencontres, cette vidéo annonce l’avènement d’une indéniable dimension

cinématographique.

Bérénice Saliou, février 2012

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¹Charles Baudelaire, Les foules in Le spleen de Paris, XII, 1869

RESSOURCES

Revue de presse

Livret pédagogique

LIENS

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REMERCIEMENTS

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ÉQUIPE

Édouard Monnet

Commisariat

Frédéric Gillet

Régie, logistique

Elsa Roussel

Communication, administration

ARTISTE

Kameli_Katia-Bush Fire fine art print, 2
Katia Kameli

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