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Frédéric Vaësen, Eros Machine, 1994-2010
Série de photographies

Eros Machine

Frédéric Vaësen

Vernissage le jeudi 6 mai à 19h30

Présentée au cinéma Les Variétés, dans le cadre de la 8è édition du Reflets, festival des films d'aujourd'hui pour penser demain

Exposition du 5 au 9 mai 2010

Dans le cadre de cette double exposition présentée au cinéma Les Variétés à Marseille, Frédéric Vaësen a fait le choix de réunir ici tout ou partie de trois corpus qui ont pour point commun leur relation univoque à l'érotisme : Eros Machine, Rose/Bleu et Le phénomène...
 

Eros Machine, 1994 -2010

Série de photographies

 

Eros Machine (La Cage) est le titre d’un album du compositeur Jean-Michel Jarre, paru en 1969. L’ambiance électro plutôt dark et la couverture stylisée de l’album (une grille géométrique qui oscille entre design industriel, art optique et fétichisme sadomasochiste) font de cette "cage" l’envers SM d’une utopie de l’amour libre. 1969, année érotique mais aussi, paradoxalement, la fin annoncée de l ’esprit Summer of Love dans la dissolution mélancolique des rêves New Age de sexualité partagée. Vingt cinq ans plus tard, une exposition emblématique ouvre ses portes au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, lors du printemps 1994, sous le titre "L’Hiver de l ’amour". L’amour est cette fois prostré dans une hibernation, après l’hécatombe des années sida : l’ère glaciaire de l’ "après-amour".

Eros Machine (1991- 94) est une installation de Fred Vaësen où culmine ce trauma et son exorcisation poétique. Fasciné par un détail d’une fresque monumentale de Luca Signorelli (Les Damnés, Cathédrale d’Orvieto, 1499/1504), représentant une scène du jugement dernier où les condamnés nus chutent en enfer, Fred Vaësen a décidé de construire un imposant dispositif de bois, cordages, acier et cuir, permettant la suspension des corps. Des corps mis à nu, harnachés aux anneaux de la structure , non pas pendus mais en survol, dans l’attente d’un rapt photographique où l’image servirait justement à geler les logiques de disparition. Comment s’abstraire de la pesanteur pour imposer la grâce du corps, à un moment où les dépouilles, doublement stigmatisées par une maladie qui n’osait dire son nom, s’effaçaient comme des linceuls ? Pendre les corps revenait à suspendre l’hécatombe (les premiers traitements faisaient une timide apparition) en retrouvant l’énergie d’une chair offerte à la pulsion scopique.

Car avant d’être un mémorial ou une sculpture (à mi chemin entre objet post-minimaliste et accessoire SM), Eros Machine est une machine optique (une "opticerie" aurait dit Marcel Duchamp) qui permet à l’artiste d’installer ses modèles dans des pauses incertaines, pour mieux capturer le vol de leurs culs aériens. Culs de garçons et de filles, indistincts, selon sur une neutralité androgyne qui donne à cette constellation de fesses des résonances cosmiques. Plongée dans une semi-obscurité et calée dans un oculus qui invite au voyeurisme du peep-show, la raie devient un signe astral, une abstraction d’infini d’une surprenante légèreté, conjurant la gravité des corps.

Ces tirages photographiques, tous uniques, sont autant d’ indices de cette cosmogonie du corps en apesanteur qui mêle les genres et les références (des clichés post-surréalistes de Pierre Molinier aux utopies pansexuelles de Charles Fourier), pour mieux résister à la déflagration des pratiques amoureuses et sexuelles et leur possible stigmatisation sociale.

Eros Machine, éros magnétique.

 

Pascal Rousseau

 

 

Rose/Bleu, 2005

Dispositif vidéo, boucle 1’42

 

Rose /Bleu inverse un code coloré enkysté : celui qui, dans nos cultures, attribue symboliquement, dès l’enfance, à l’identité sexuelle physiologique des filles le rose et des garçons le bleu. Voici donc qu’un lent travelling et le jeu du gros-plan, l’institution sonore d’une ambiance et l’ouatage de la scène parviennent à fondre, puis à confondre dans le rose ou le bleu le corps du modèle – sans doute occupé, et comme mu par une sorte de danse –, le grain de sa peau et la brume colorée du fond. L’érotisme diffus qui se lève là, où s’articulent le doux, le sensuel à l’ exhibition provocante d’un sexe apparaissant plein cadre pour clore la séquence, s’étoffe précisément des tensions que viennent créer, ici l’affectation du rose au masculin, celui du bleu au féminin. Là le caractère lascif des attitudes ou celles du corps brut, sculptural et métissé qu’anamorphose encore l’anomalie visuelle d’une manière de pommade blanche étalée sur le bas du ventre comme sur un masque nègre pour l ’un, de cire pour l’autre. De telle sorte que de l’inversion initiale et critique d’un code (rose/bleu) s’en déduise une, ou plusieurs autres (masculin/ féminin, éthnique/mondialisé, arts premiers/art moderne...).

 

 

Le phénomène, 2005

Impression jet d’ encre

 

Fred Vaësen revisite le vocabulaire visuel d’un collage sur réaliste réalisé , en 1933, par Salvador Dali et Paul Éluard pour un article de la revue Minotaure consacré au "phénomène de l’extase". Montage éclectique emprunté aux mécanismes optiques de la Dream machine, visages extasiés revus et corrigés à l’aune du psychédélisme. Une occasion, contemporaine, de (ré)activer les liens tissés entre imaginaire, hypnose et marges libidinales du regard.

RESSOURCES

Revue de presse

ÉQUIPE

Édouard Monnet

Commisariat

Frédéric Gillet

Régie, logistique

Elsa Roussel

Communication, administration

ARTISTE

Vaesen_Fred-N.M.H., vue de l’exposition
Frédéric Vaësen